5ème africain et 46ème mondial, les Léopards de la République Démocratique du Congo courent depuis 45 ans derrière une 3ème médaille d’Or africaine à la Coupe d’Afrique des Nations mais également après une deuxième qualification à la messe mondiale du football ; des rendez-vous manqués par les congolais de peu, soit suite à une discorde entre acteurs ou une mauvaise gestion des derniers instants des confrontations sportives.

Deux fausses notes précitées n’enlèvent en rien à cette sélection les qualités d’athlètes, elle qui a toujours été pétrie de talents défiants toutes les chroniques et statistiques. Une sélection nationale dont chaque génération a une ou deux têtes d’affiche qui portent les espoirs de toute une nation sur laquelle la population s’appuie en matière de sport pour se retirer et oublier toutes promesses vaines des politiciens hautains.

La voie menant au trophée de la Coupe d’Afrique des Nations étant comparée au chemin de la croix que la RD Congo ne cesse d’arpenter, les Fauves Congolais ont depuis 2009 fait sien le Championnat d’Afrique des Nations dont ils sont doubles vainqueurs (Côte d’Ivoire 2009 et Rwanda 2016).

Léopards de la RDC, une genèse de gloire au goût d’injustice Belge

C’est en 1919 que la Fédération Congolaise de Football Association a vu le jour alors que le pays reste sous une domination de la Belgique, étant à la période coloniale. Le Congo, s’affichant avec la mention « Congo Belge » ne dispute le match que dans sa zone frontalière avec les colonies d’autres puissances européennes censées protéger cet espace de commerce international livré à tout celui qui y voit ses intérêts ; et cela sans porter atteinte à la couronne belge.

Sans aucune vision de portée extérieure, s’ennuyant en interne, les congolais livrent pour la première fois de leur histoire une rencontre avec les adversaires venus d’ailleurs, le choix est porté sur la Zambie que le Congo Belge bat en 1948, soit 29 ans avant la création de la FECOFA, sur la note de trois buts à deux à Léopoldville.

L’indépendance du Congo et son affiliation FIFA – CAF

Après le 30 juin 1960, le Congo Belge n’existe plus, la place est réservée à la République Démocratique du Congo qui tient à s’imposer et s’affirmer sur la scène africaine et mondiale.

Pour sa renommée et en vue de consolider le poids de la Confédération Africaine de Football à la Fédération Internationale de Football Association, le Congo est directement affilié à la FIFA en 1962 avant même qu’il ne soit membre de la CAF ; une démarche qui se justifie par le refus de la FIFA d’instituer la CAF par rapport au nombre faible des pays du continent noir dans l’organisation, seulement 4 à l’époque (Egypte, Soudan, Ethiopie et Afrique du Sud).

Une année après son affiliation à la FIFA, le République Démocratique du Congo fait partie des fédérations d’honneur de la CAF, en 1963. Il peut désormais prétendre participer aux compétitions internationales, mais avant devra commencer par les rencontres amicales pour se faire une idée des adversaires directs (africains).

Tunisie 1965, la RDC et sa première CAN

2 ans seulement après son affiliation à la CAF, le Congo, moins outillé que les 5 nations qualifiées à la 5ème édition de cette Coupe d’Afrique des Nations en 1965, fait ses débuts au-devant de la scène africaine.

Une participation qui fait suite au refus de l’Egypte dont la sélection nationale ne s’est pas déplacée vers la Tunisie (pays organisateur) suite aux problèmes diplomatiques. Appelé pour pallier l’absence du double champion d’affilé (Egypte 1957 et 1959), le Soudan par solidarité à son cousin du Nord rejette l’invitation, d’où le choix qui est porté sur le nouveau membre, la République Démocratique du Congo, deuxième aux éliminatoires de la Zone 3, battue par la Côte d’Ivoire 4-2 et tombeur du Libéria 0-2. L’Afrique du Sud, elle, est exclue par la CAF suite à l’Apartheid qui y élu domicile.
Les débuts des Simbas à une phase finale de la CAN sont désastreux. Logé dans le Groupe B, le Congo est d’entrée, battu par le Ghana 5 buts à deux, le 12 novembre à Sousse. Les africains retiennent un nom, Pierre Kalala (joueur du TP Englebert). Il sera l’unique buteur congolais à cette CAN, puissequ’au dernier match, la Côte d’Ivoire s’impose une nouvelle fois, 2 buts à 0. L’aventure prend fin, les Simbas terminent à la dernière place avec 0 point, deux buts inscrits contre six encaissés.

Le Ghana rejoint l’Egypte en termes de trophées glanés (deux fois champion d’Afrique), faute d’organiser une édition en 1967, le continent attendra 3 ans pour vivre sa fête. Le Congo de par sa prestation promet.

CAN 1968 : Les Simbas, de Zéro à Héros !

Pour la 6ème édition de la course à son graal, la CAF aligne 20 nations réparties en 6 groupes pour 4 tickets qualificatifs, deux étant déjà pris par l’Ethiopie (pays organisateur) et le Ghana (tenant du titre).

Les Simbas partagent le groupe 6 avec le Soudan, la Tanzanie et l’Ile Maurice. En match de qualification, les congolais battent à Kinshasa les soudanais deux buts à zéro avant de ramener un nul de Khartoum et se qualifient pour la finale du groupe devant l’opposer à la Tanzanie, victorieuse de l’Ile Maurice un but à zéro.

Au moment de livrer le dernier match, la Tanzanie désiste et laisse la place au pays à la bannière étoilée au cœur de l’Afrique à neuf voisins.

Qualifiée à la 6ème CAN, la RD Congo pose ses valises à Asmara (deuxième ville éthiopienne) où est placé le Groupe B composé de la RD Congo, du Ghana, du Congo et du Sénégal.

Les Lions de Mobutu finissent deuxième du Groupe, dernière le Ghana, avec à leur actif deux victoires (trois buts à zéro face au Congo et deux buts à un face au Sénégal) puis s’incline face au Ghana. Pour une première, la qualification est acquise pour la demi-finale et il faut se débarrasser du pays organisateur, l’Ethiopie.

L’étape d’Addis-Abeba

Le cap est désormais mis sur la capitale, Addis-Abeba, l’expédition se mue en une aventure dont l’objectif est le titre. Menée par un entraineur Hongrois, Ferenc Csanádi, l’ossature de la RD Congo fait des victimes sur son chemin et n’épargne pas le pays organisateur qu’elle malmène en prolongation deux buts contre trois le 19 janvier 1968, avec à la clé un doublé de Mungamuni à la 16ème et 100ème minutes.

De sa part, le Ghana l’emporte sur la Côte d’Ivoire quatre buts à trois. Comme en phase de groupes, congolais et ghanéens doivent s’affronter.

Le 21 janvier, le Stade d’Addis-Abeba est archicomble pour vivre sa deuxième finale de la CAN, sur l’aire de jeu ghanéens et congolais s’entrent dedans pour le titre.

Si en phase de groupes, l’ouverture du score est intervenue dès la 17ème minute, la finale ne connaitra qu’un seul but inscrit à la 66ème minute par le joueur du TP Englebert, Pierre Kalala, qui à lui seul porta le poids de toute une nation.

CAN 1970 : Les congolais, inconstants

Deux ans après le sacre de 1968, les congolais (qualifiés d’office) n’arrivent pas à se maintenir au sommet du football africain. Les premiers d’il y a deux ans se font laminer et écarter de la compétition alors qu’ils ne sont qu’à la phase des groupes. Figurant dans la poule B et retrouvant les Blacks Stars du Ghana qu’ils ont battu en finale, les Lions de la cuvette centrale sont sublimés par le reflet et l’éclat des Etoiles Noires du Ghana qui l’emportent en première journée deux buts à zéro.

La suite n’arrange en rien la pente des congolais vers les enfers. Ils sont accrochés en deuxième journée par les Syli National de la Guinée deux buts partout et terminent la compétition avec une défaite d’un but à zéro face à l’Egypte.

Les Champions d’Afrique quittent le tournoi en sortant par la fenêtre alors qu’ils y étaient entrés par la porte et en grande pompe. Le bilan est amer. Un point, deux défaites, un match nul, 5 buts encaissés contre deux marqués, le rêve du doublé s’envole.

1972 : le Roi revient de son agonie, l’ère Vidinic

La déroute de 1970 met en mal le pouvoir en place, le Général Mobutu décide de remplacer le staff technique en fonction, le français André Mori cède sans scrupule le fauteuil au yougoslave Blagoje Vidinic et rappelle tous les congolais de Léopoldville évoluant hors du territoire national avec optique de constituer une ossature à même de remettre son pays au-devant de la scène comme en 1968.

Le Congo Kinshasa change de nomination, le pays devient Zaïre, le totem et la représentation du pays migrent de Lion en Léopard, les sélections sportives des différentes disciplines ne sont pas en reste.

Les zaïrois effectuent un court déplacement, de leur Kinshasa (QG), ils déposent leurs valises à Douala, deuxième ville du Cameroun, puisque placés dans le Groupe B avec le Congo, le Maroc et le Soudan.

Les débuts de la compétition s’annoncent très serrés pour l’équipe de Vidinic qui est accrochée par le Soudan, un but partout. La pression monte, Kinshasa est mis au courant et n’est pas content de cette entrée en lice manquée, il faut donc réagir.
La suite est plutôt satisfaisante, achever d’abord la concurrence de la sous-région, victoire 2-0 face au Congo Brazzaville (doublé de NTUMBA).

La dernière journée est une confrontation qui oppose Léopards et Lions de l’Atlas qui se disputent la tête du groupe B. Lions du Maroc et Léopards du Zaïre se neutralisent un but partout ; avec 5 points, la qualification du Zaïre est acquise.

En demi-finale, les Léopards devront croquer les Maliens, les Aigles emmènent dans les hauts firmaments les zaïrois pour relâcher sans aide aucune, voués à l’écrasement.

Le Zaïre ouvre le score à la 6ème minute (Ntumba) et se fait rejoindre 11 minutes plus tard (Minga) ; se fait même surprendre à la 48ème minute (Keita) par le Mali qui prend le large. 2-1, c’est le score à la mi-temps.

Ragaillardis pendant la pause, les hommes du yougoslave reviennent avec d’autres ambitions, notamment celle d’en finir avec les maliens. Ils égalisent à la 61ème minute (Kakoko), mais ne se préservent pas derrière, la ligne défensive est très fébrile, ils concèdent un troisième but à la 68ème minute (Toure).

L’équipe zaïroise est réactive, manquant par moment d’initiative, elle court derrière le score, pour un troisième but égalisateur à la 78ème minute (Ngassebe). Se croyant décrocher l’égalisation, les Léopards sont surpris à la 92ème minute par Keita qui double la mise. La finale échappe de peu aux Fauves Zaïrois.

Le Zaïre et la 4ème place

Le 4 mars 1972, le Zaïre va pour une place au podium, ayant manqué la finale. Mais avant, il faut battre le pays organisateur qui, lui, devant son public n’a pas droit à l’erreur et court derrière une première médaille africaine.

Le Stade Omnisports de Yaoundé est bondé de public venant assister à la première Coupe d’Afrique des Nations organisée au Cameroun et pousse les Lions Indomptables à la victoire.
Les Lions du Cameroun marquent en premier, nous sommes à la 4ème minute, Akono refroidit les ardeurs zaïroises et replie pour se rendre au vestiaire avec ce léger avantage. Une erreur, qu’ils paieront cash, puisqu’à seulement 4 minutes après, les Léopards inscrivent deux buts (13ème minute Kakoko et 17ème minute Mayanga).

La réaction des Lions est sanglante, pire, agonisante, ils reviennent, devancent et alourdissent la marque la plus salée que le Zaïre n’a jamais connue, 5-2. Le Cameroun s’offre la médaille de Bronze, les futurs champions, eux, sont 4ème.

1974 : Les Léopards au firmament africain et dans les enfers mondiaux

4ème de l’édition 1972, l’ossature des Léopards ne connait pas de modification, soit de peu avec l’arrivée des joueurs de l’intérieur du pays et même ceux de la capitale, Kinshasa. Le staff technique du yougoslave Blagoje Vidinic, lui est maintenu à son poste vu le résultat enregistré il y a deux ans.

L’histoire glorieuse zaïroise en Afrique

Cette fois, il a été recommandé à l’équipe technique des Fauves Zaïrois d’user de toutes les méthodes pouvant lui permettre de ramener le trophée à Kinshasa à l’issue de la finale.

Comme en 1968, le Zaïre est dans la poule B. A l’image de 72, le Zaïre retrouve le Congo, il y a également dans la poule la Guinée et l’Ile Maurice, toutes trois assoiffées d’une revanche à prendre sur les Léopards qui lors des récentes éditions se sont montrés moins cléments à leur égard.

Premiers jetés dans la tanière, les Syli National subissent la loi des félins les plus rapides de la forêt, les Léopards qui, grâce à Pierre Ndaye Mulamba (doublé 18ème et 65ème minutes) mettent en déroute le plan de la revanche en s’imposant 2-1. Avant de s’incliner face au Congo Brazzaville 1-2, alors que Mayanga Maku (25ème minute) a ouvert le score. La 3ème journée marque le renoue avec la victoire, l’Ile Maurice en prend pour son compte 4-1.

Le 9 mars 1974, le Zaïre et l’Egypte ont rendez-vous sur le terrain. Les deux concurrents et prétendants au titre s’affrontent pour un billet en finale.

Alors que le match est serré, le Léopard Mwepu marque contre son camp (41ème minute) et redonne du souffle à l’Egypte qui en rajoute grâce à Abo Greisha (54ème minute).

Contraint à l’exploit, le Zaïre réduit le score une minute après le deuxième but égyptien, c’est Ndaye Mulamba (55ème minute), qui sera imité par Mantantu six minutes après (61ème minute). Le meilleur buteur du tournoi, la survie des Léopards en cette CAN. Il va inscrire le troisième but de sa formation à la 72ème minute (son 5ème personnel depuis le début de la compétition) et envoie pour la deuxième fois de l’histoire de ce grand pays de l’Afrique centrale en finale d’une CAN (2-3), tel sera le score final de cette opposition à l’avantage des Verts et Jaunes.

4 buts de NDAYE et le 2ème sacre du Zaïre

Le 12 mars 1974, tout le Zaïre retient son souffle. Les services militaires, publics, présidentiels, tous sont en alerte et attendant la deuxième consécration des Léopards. L’obtention du sacre qui ne sera chose facile puisqu’en face les Chipolopolos Boys de la Zambie, tombeurs du Congo en demi-finale, ont une dent contre le Zaïre, briseur des rêves.

Sur la pelouse du Stade Nasser du Caire, la Zambie allume la mèche dès la 40ème minute de la partie (Kaushi) et maintient sa domination sur le Zaïre jusqu’à la 65ème minute. C’est là qu’apparait le fantôme emmené par Vidinic en Egypte, Ndaye Mulumba sort du lot en se plaçant en tête de la liste des buteurs en réussissant une 6ème réalisation, ce but qui permet aux pays des fauves de revenir au score. La marque de parité s’éternise jusqu’au terme des 90 minutes réglementaires. Une prolongation s’impose.

Les 30 minutes accordées par Monsieur Saad Gamar (arbitre égyptien) ne décideront en rien de l’issue de la finale, car Ndaye marque encore une fois pour son pays (7ème but, 117ème minute) ; Sinyangwe, lui, va prolonger l’insomnie zaïroise en marquant à la 120ème minute le but d’égalisation zambienne. La séance des tirs au but n’étant pas instituée, la finale doit être rejouée. Une première !

Les 90 minutes du sacre

La Confédération Africaine de Football et la CONCAF programment la seconde rencontre, 48 heures après la première. Les zaïrois font courir la rumeur dans les couloirs d’ensorceler les zambiens évoluant à Lubumbashi puisque détenant leurs restes (ongles, sueur sur vareuses, cheveux, …) en cas d’une complication sur terrain.

Pendant que les Chipolopolos se posent des questions et se retiennent, les Léopards déroulent et font couler le navire zambien. Comme une flèche, Ndaye, lancé par Mayanga à la 30ème minute, se misse dans la défense adversaire pour ouvrir le score (8ème but) ; le surnom de fantôme prend de l’ampleur.

Les deux équipes sont envoyées au vestiaire sur cette avance zaïroise ; asphyxiés, les zambiens se fatiguent et se trouent. Pas de communication entre les lignes, les Léopards tiennent leur aubaine, pour Mulamba, c’est l’occasion rêvée, il cloue à lui seul l’ex-Rhodésie du Nord avec un deuxième, but à la 76ème minute (9ème personnel).

Le Zaïre repose sur le trône du football africain, plus rien se met sur son chemin. Il est craint de par tous les coins et recoins du continent, il n’y a pas mieux que les Léopards. Parmi ces Léopards, il y en a un qui de par sa prestance a marqué de son empreinte l’histoire du football africain, Pierre Ndaye Mulamba qui devient meilleur buteur de tout le temps en une édition de la CAN (9 buts marqués).

Face à ce résultat, le Maréchal Mobutu Kuku Gbendu Wa Zabanga dépêche son avion, l’avion présidentiel, pour ramener ceux qui seront décorés et honorés dans l’ordre du Léopard quelques jours plus tard à Kinshasa.

En cette même année, les Zaïrois seront les premiers africains noirs à disputer une phase finale de la coupe du monde. Manche mal négociée et la déroute suivra le parcours des Léopards pendant plus d’une décennie.

Horsaison / Or Saison

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